La Chine fait face à la grève américaine, aux tensions avec le Japon et à l'économie
Pékin gère la crise vénézuélienne avec une diplomatie prudente, cherchant à équilibrer la stabilité économique, les tensions régionales et les difficultés intérieures.
Pékin gère avec prudence sa réponse à la récente opération militaire américaine au Venezuela, reflétant une stratégie plus large privilégiant la stabilité économique et une diplomatie prudente dans un contexte de conflits régionaux latents et de difficultés internes.
La réponse calculée de Pékin à la crise vénézuélienne
Quelques heures avant sa capture par les forces américaines, le président vénézuélien Nicolás Maduro a rencontré Qiu Xiaoqi, envoyé spécial du président chinois Xi Jinping. Si la visite en elle-même était de routine, son timing place Pékin dans une situation délicate.
Suite à l'attaque américaine, le ministère chinois des Affaires étrangères a publié une déclaration prévisible condamnant cette action comme un « acte hégémonique » violant le droit international et la souveraineté vénézuélienne. Cette déclaration faisait suite à la présentation par le Venezuela de la visite de l'envoyé comme une réaffirmation de la « fraternité indéfectible » entre les deux nations, une relation que la Chine a élevée au rang de partenariat « à toute épreuve » en 2023 – un statut généralement réservé à des alliés proches comme le Pakistan.
Malgré ce discours ferme, la Chine devrait limiter son intervention concrète. Le président Xi a investi un capital politique considérable dans la stabilisation des relations avec les États-Unis, notamment par un cessez-le-feu commercial conclu l'an dernier avec le président Donald Trump, à des conditions largement favorables à Pékin. Compte tenu de la situation économique précaire de la Chine, les dirigeants privilégieront sans doute la prudence plutôt que de risquer une escalade des tensions avec Washington.
Cette approche prudente est conforme aux actions récentes de Pékin. Au cours de l'année écoulée, la Chine a systématiquement condamné les sanctions américaines contre le Venezuela tout en réduisant progressivement son aide financière directe à Caracas, privilégiant désormais le remboursement de ses dettes existantes.
Points de tension potentiels : fentanyl, pétrole et idéologie
Plusieurs facteurs pourraient encore modifier la stratégie de Pékin. L'un d'eux est le procès imminent de Maduro. Si l'administration Trump tente de le désigner comme bouc émissaire de la crise du fentanyl aux États-Unis et d'impliquer la Chine, cela pourrait entraîner une réaction plus ferme. Cependant, l'acte d'accusation rendu public samedi se concentre notamment sur le trafic de cocaïne, sans aucune mention du fentanyl.
Le pétrole est un autre secteur à surveiller. Trump a laissé entendre que, sous contrôle américain, les exportations de pétrole vénézuélien vers la Chine augmenteraient. Cette proposition a peu de chances d'influencer Pékin, car le pétrole vénézuélien ne représente qu'une part négligeable des importations chinoises totales, même si la Chine achète environ 68 % des exportations vénézuéliennes.
L'influence plus profonde pourrait résider dans l'engagement idéologique de longue date de la Chine envers l'anti-impérialisme. Le caractère de l'opération militaire américaine pourrait trouver un écho auprès de la génération de Xi, élevée dans le récit de la lutte anticoloniale. Bien que les actions de la Chine soient souvent pragmatiques, ce système de croyances demeure vivace chez les dirigeants plus âgés.
En définitive, il est peu probable que cette crise modifie la position de Pékin sur Taïwan, qu'elle considère comme une affaire purement intérieure. Toutefois, elle pourrait encourager un engagement chinois plus important en Amérique latine, notamment par le biais de ventes de systèmes de défense aérienne à des pays comme Cuba et la Colombie, méfiants face aux agissements de Washington.
Signaux intérieurs et tensions régionales
En Chine, les événements récents offrent un aperçu des priorités du pays et de sa gestion des conflits régionaux.
Discours du Nouvel An de Xi Jinping : un aperçu des priorités nationales
Bien que souvent émaillée de déclarations banales, l'allocution du président Xi à l'occasion du Nouvel An occidental est devenue un signal politique important. Cette année, le discours a suivi un schéma familier, mettant en avant les réalisations nationales pour 2025, notamment les innovations technologiques et les exportations culturelles comme le jeu vidéo Black Myth: Wukong et le film Ne Zha 2. Concernant Taïwan, son message est resté inchangé : la réunification est inévitable, faisant écho à des décennies de rhétorique officielle.
Tensions latentes : le bras de fer entre la Chine et le Japon
La crise diplomatique avec Tokyo persiste, alimentée par les propos du Premier ministre japonais Sanae Takaichi concernant une possible aide à Taïwan en cas de conflit. En réponse, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a tenté de rallier le soutien de la Corée du Sud en invoquant des griefs historiques envers le Japon, mais cette initiative a peu de chances d'aboutir.
Au lieu d'encourager les manifestations de rue observées lors de conflits passés, la Chine a opté pour des mesures plus discrètes :
• Interdire aux artistes japonais de se produire.
• Décourager le tourisme au Japon.
• Déposer des protestations diplomatiques officielles.
• Annonce d’une interdiction des exportations de certains biens à double usage vers le Japon, notamment certaines terres rares.
La situation s'est encore compliquée lorsqu'un haut responsable japonais a semblé plaider, le mois dernier, en faveur d'un arsenal nucléaire indépendant, contraignant Tokyo à réaffirmer publiquement son engagement de ne pas posséder d'armes nucléaires. Aucun des deux camps ne montrant le moindre signe de fléchissement, cette fracture risque de s'ancrer durablement dans la géopolitique régionale.
Vents contraires économiques : Restaurants et réformes fiscales
L'économie intérieure chinoise montre de nouveaux signes de tension, tandis que les nouvelles politiques gouvernementales entraînent des conséquences imprévues pour les petites entreprises.
Le déclin du secteur de la restauration révèle un malaise plus profond
Les dépenses dans les restaurants chinois ont fortement diminué ces derniers mois. Depuis le début de la pandémie, les restaurants ont fermé à un rythme record et les dépenses moyennes par repas ont chuté de 24 % depuis 2023. Les jeunes, confrontés à un chômage élevé et à des difficultés financières, ont considérablement réduit leurs sorties au restaurant.
Ce repli s'explique en partie par l'essor des plateformes de livraison de repas, qui s'appuient sur une main-d'œuvre bon marché. Face à une faible demande intérieure, de nombreuses chaînes de restaurants chinoises cherchent désormais à s'implanter à l'étranger pour trouver de nouveaux leviers de croissance.
La répression fiscale en ligne crée de nouveaux risques de corruption
Depuis octobre, le gouvernement central applique une nouvelle loi visant à combler les lacunes fiscales qui ont contribué à l'essor du commerce électronique dans le pays. Cette loi a pour objectif d'officialiser la collecte des taxes auprès des vendeurs en ligne, dont les transactions numériques ont toujours été difficiles à tracer pour les autorités.
Toutefois, cette formalisation a engendré un nouveau dilemme. Si de nombreux vendeurs en ligne échappaient à l'impôt, leur activité 100 % numérique les rendait également plus difficiles à détecter et à extorquer pour les autorités locales. En intégrant ces entreprises au système fiscal officiel, le gouvernement central les a aussi exposées à la corruption locale. Contrairement aux restaurants, qui ont longtemps dû verser des pots-de-vin à divers organismes pour exercer leur activité, les entreprises en ligne sont désormais confrontées à un risque accru d'extorsion.


